Photo d’illustration Filles jouant au basketball – freepik
L’accès au sport n’est pas égalitaire en France, révèle cette enquête réalisée avec l’institut Kantar. Les jeunes filles interrogées ne se sentent pas prises en compte, notamment face aux évolutions physiques de leur corps.
Près d’une adolescente sur deux en France (45,2%) renonce à la pratique sportive sous l’effet de contraintes sociales, selon une étude inédite de la mutuelle MGEN réalisée avec l’institut Kantar, transmise mardi 13 janvier à la direction des sports de Radio France. Une tendance préoccupante alors que le sport reste un levier essentiel pour la santé, l’égalité et l’émancipation des filles.
Menée auprès de plus de 500 jeunes filles âgées de 13 à 20 ans, cette enquête dresse le portrait d’un décrochage massif. Ces freins apparaissent dès la puberté. Pour 63% des adolescentes, les « changements physiques » liés à la puberté rendent le sport moins agréable, et 55% déclarent que leurs « règles constituent un frein ». Plus d’une sur deux (53%) estime que les encadrants ne prennent pas en compte « leurs besoins spécifiques ». Beaucoup décrivent un environnement peu adapté aux réalités du corps féminin : fatigue, douleurs, variations d’énergie
« Les coachs ne comprennent pas que ton corps change, que t’as des jours avec et des jours sans. »
Une participante à l’étudeMGEN/Kantar
Au-delà de la physiologie, les injonctions esthétiques et les comportements déplacés pèsent lourd. 42% des jeunes filles interrogées affirment avoir déjà été confrontées à des moqueries, du sexisme ou du harcèlement dans le cadre sportif. Plus de la moitié (55%) « ne se sentent pas toujours en sécurité », et 49% se disent « mal à l’aise dans certaines tenues imposées, jugées inconfortables ou trop sexualisées ». Les stéréotypes diffusés sur les réseaux sociaux amplifient ce malaise : 55% estiment ne pas correspondre aux standards corporels du sport, et 41% lient leur arrêt de la pratique sportive à une perte de confiance en lien avec leur apparence. Le sport, censé être un espace d’épanouissement, devient alors une source d’anxiété et de jugement.
Clubs éloignés, entraînements tardifs, culture de la performance
Les freins sont aussi structurels : 33% des jeunes femmes interrogées affirment n’avoir aucun club féminin à proximité, un chiffre plus élevé en région parisienne et dans les grandes villes. Près de six adolescentes sur dix évoquent le coût de la pratique (inscriptions, transports et équipements) et 57% estiment que leur emploi du temps scolaire ne leur permet pas une pratique régulière.
Beaucoup dénoncent des entraînements tard, des trajets longs ou une organisation rigide. « Dès qu’on s’inscrit, on te parle de matchs, de championnats. Moi, je veux juste jouer », confie une autre jeune fille. Cette culture de la performance permanente, selon la MGEN, décourage les pratiques de loisir ou de bien-être.
Adapter l’encadrement
« L’attachement des jeunes filles au sport demeure fort et le potentiel de reprise important, à condition d’adapter les conditions d’encadrement et les formats de pratique », selon Clotilde Truffaut, administratrice nationale de la MGEN. La mutuelle plaide pour une approche « plus inclusive et physiologique » du sport féminin adolescent, afin d’éviter notamment que le décrochage ait « un impact direct et durable sur la santé des femmes ».
L’étude a été réalisée auprès de 509 jeunes filles de France métropolitaine du 21 septembre au 5 octobre 2025. Les personnes pratiquant uniquement une activité sportive scolaire ou occasionnelle ont été exclues.
Source : https://www.franceinfo.fr/sports/