La question de l’usure du corps chez les pros
La question de « l’usure du corps » est posée depuis longtemps. Dans les années 1990, on décrivait déjà que le seul fait de courir quarante-cinq minutes plutôt que trente minutes par jour pouvait aller jusqu’à multiplier par deux la fréquence des blessures. Et que le fait de passer de trois à cinq séances hebdomadaires avait des effets semblables.
Christelle Daunay n’y a pas échappé. Elle a ainsi souffert d’une fracture de fatigue en 2018 qui l’a empêchée de défendre son titre de championne d’Europe du marathon en 2014. À noter qu’on appelle « fracture de fatigue » une atteinte osseuse, comparable à une fissure, qui peut être provoquée par la répétition de la foulée.
Des risques accrus de fatigue psychique et physique avec l’ultra-trail ?
Le développement récent du trail, ou course à pied pratiquée en pleine nature, ne fait que renforcer les considérations sur le sujet, car en plus des lieux géographiques, le côté « ultra » séduit.
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Cependant, le trail a sa propre particularité, la variation du terrain sollicitant des mouvements articulaires et musculaires différents et donc une concentration plus marquée que sur la route. Ajoutez-y des durées d’effort de quelques heures à une journée complète et plus, les problématiques de l’alimentation, de la gestion de l’effort, des dommages musculaires qui s’immiscent à la longue… et l’on comprend facilement pourquoi ces épreuves sont propices à nourrir fatigue psychique et physique non seulement durant l’épreuve, mais aussi sur du long terme.
Les conditions de l’usure du corps associée à la pratique d’un sport comme la course à pied sont donc multiparamétriques et ses traductions variables selon la personne. La recherche d’une performance physique peut relever d’une vitesse de course ou de la réalisation d’un objectif kilométrique.
User le corps à un instant t pour augmenter sa résistance… à l’usure
Quelle que soit cette orientation, les personnes s’engagent souvent dans des préparations particulières car une progression physique, physiologique s’appuie sur les capacités d’adaptation phénoménale du corps humain.
Notez ici le paradoxe. Un des principes de l’entraînement est de stimuler son corps, de « l’user » à un instant t afin qu’il engage les processus physiologiques qui vont conduire à l’amélioration de ses capacités, la lutte contre la fatigue… et, finalement, à l’augmentation de la résistance à l’usure.
Ce processus fondamental est ainsi à la base des programmes de réhabilitation/réadaptation physiques qui font de plus en plus foi dans les contextes physiopathologiques, par exemple pour prendre en charge les artériopathies périphériques ou l’obésité.
Cependant, dans ses dimensions les plus intenses, l’entraînement peut nécessiter un engagement mental, une résistance à la lassitude, une volonté affirmée pour poursuivre les efforts dans le temps malgré la fatigue.
L’usure peut donc aussi être mentale. C’est peut-être là la différence majeure entre l’amateur et le professionnel qui n’a pas d’autre choix que d’user fortement son corps pour progresser dans la hiérarchie du haut niveau.
Pros ou amateurs, de l’importance d’être bien encadrés
Chercher à repousser ses limites physiques et mentales peut conduire tout coureur à se sentir « usé ». Tous ces éléments soulignent l’importance d’être bien encadré et conseillé (par des coachs, dans un clubs, etc.) pour faire les entraînements avec une certaine progression, tant dans la quantité que dans l’intensité et adapter son rythme de vie.
Pas besoin de matériel technique pour courir, un avantage de cette activité idéale pour ressentir son corps, dès lors que l’on a conscience des risques et limites associés aux épreuves. Et rassurez-vous, si malgré tout, vous n’appréciez pas ce sport, l’offre est suffisamment large pour que vous trouviez chaussure à votre pied et bénéficiiez des bienfaits de la pratique physique sur la santé… l’important reste de bouger !
Extrait d’Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, Haruki Murakami (éditions Belfond, 2009) :
« Les êtres humains continuent naturellement à faire ce qu’ils aiment et cessent ce qu’ils n’aiment pas. Voilà pourquoi je ne conseille jamais aux autres de courir. Le marathon ne convient pas à tout le monde. De même, tout le monde ne peut pas devenir romancier. »
Benoît Holzerny, coach athlé santé, et Cédric Thomas, entraîneur d’athlète de haut niveau (notamment de Christelle Daunay, championne d’Europe de marathon en 2014), sont coauteurs de cet article.
Source : https://theconversation.com
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