Pour Bérénice Comby et Étienne Bastier, une première valse à Milan

Les deux Orléanais, patineurs de vitesse sur piste courte, n’ont ni les performances ni l’expérience pour briguer une médaille. Mais dans quatre ans, en France, ils espèrent que l’histoire sera différente.
Présentations.

Si enfant, Bérénice Comby s’était rêvée reine des glaces, c’était en patinage artistique. Avec une jolie robe, une musique entraînante, des petits pas précieux et des sauts périlleux. « Mais quand ils ont vu les horaires des créneaux d’entraînement à la patinoire d’Orléans, mes parents n’ont pas validé ! Ils m’ont conseillé d’essayer ce sport bizarre, le short track, en pensant qu’au bout de deux séances, après être beaucoup tombée, ce serait fini… Mais dix ans plus tard, je suis toujours là ! » 

Et pas qu’un peu, puisque la jeune femme, de 19 ans maintenant, va participer à Milan à ses premiers Jeux d’hiver. En combinaison de lycra moulante, à la
recherche de la vitesse maximale dans la ligne droite et les virages, et à la bagarre avec d’autres funambules perchées sur leurs lames d’acier.

En plus des deux relais, féminin et mixte, dont elle est un maillon aussi fort que régulier, Bérénice Comby a été désignée pour disputer le 500 m individuel. « Je suis d’autant plus ravie qu’on m’a attribué le premier quota. C’est super d’être le premier choix. Ça s’aligne en tout cas sur mes résultats aux championnats d’Europe. » Et sur sa forme du moment, qui font d’elle la numéro 1 française : « Les entraînements se déroulent bien. Je fais mes meilleurs chronos (8’’49 au tour). Je me sens bien. »

« J’espère que dans quatre ans, passer un tour sera une évidence ! »

Ses espoirs ne sont pas déraisonnables, pour ce qui ne tient qu’à elle : « Passer un tour sur 500 m et participer aux quarts de finale » ferait son bonheur immédiat. « Ce serait même fou ! Ça signifierait intégrer le top 20… En revanche, j’espère que dans quatre ans, en France, cet objectif sera une évidence ! » Milan, pour l’étudiante en biologie qu’elle est (en distanciel, à l’université d’Aix-Marseille), est son laboratoire olympique ; une première valse dans cette danse qu’elle veut à deux temps. « J’ai envie d’y prendre énormément d’expérience. » Pour arriver à sa pleine maturité, physique et mentale, en 2026.

Mental et explosivité

Au village olympique depuis le 31 janvier, Bérénice s’imprègne de tout : « Je vois les anneaux, les compétiteurs de différents sports… J’essaie d’engranger le maximum d’expérience, de souvenirs, sans penser à des choses qui pourraient
m’amener à estimer que le temps passe lentement… » Ses premiers pas dans la compétition sont pour aujourd’hui ; les épreuves, ensuite, s’enchaîneront tous les deux jours, les 12, 14, 16, 18 février. Comme une fête des pairs.

Mais parce que c’est le mot d’ordre, depuis toujours, du groupe de Michaël Dubois à Orléans, Bérénice se donnera « à fond ». Au point de se muer en Bérérisque ? « Elle comme tous les autres ne font pas du short-track pour faire de la figuration », tranche l’entraîneur de l’USO sports de glace. Si Bérénice Comby a migré aux Pays-Bas (« dans une structure privée », à la charge de ses parents) pour s’y préparer, les deux ont conservé une relation privilégiée. « Le premier jour, Michaël avait fait : “Waouh !” quand il m’avait repérée pour mon explosivité et mon mental », en rit encore l’athlète. « À son comportement de garçon manqué, à sa mentalité de fonceuse, je me doutais qu’elle pourrait devenir une championne », ajoute le technicien. Qui rapporte cette anecdote, significative : « Un jour, alors que Bérénice ne devait avoir que 10 ans, on commence l’exercice de la chaise. Au bout de dix minutes, tous les enfants avaient arrêté. Sauf elle. Elle avait voulu savoir quel était le record du club : vingt minutes. Et même en pleurs, même tordue de douleurs, elle n’avait pas voulu s’arrêter avant de l’avoir battu ! » Tenant vingt-cinq minutes. « Bérénice, c’est une guerrière. Je l’appelle “la folle”. Elle est capable de tout, elle n’a peur de rien ! » Ni de personne.

Étienne Bastier, ou le travail récompensé

Autant Bérénice Comby incarne le talent et l’explosivité, autant Étienne Bastier symbolise le travail, l’opiniâtreté. « Jeune, revoit-il, je n’ai jamais performé. »

« Jamais je n’aurais imaginé qu’il puisse aller si loin, confesse Michaël Dubois, l’entraîneur de ses débuts à Orléans. Je crois même qu’il n’a jamais été champion de France… »

Étienne Bastier n’était tout simplement pas prêt à jouer les chercheurs d’or. « Le déclic s’est produit à Font-Romeu, en 2019, quand j’ai intégré le pôle France, reprend le second sélectionné olympique en short-track de l’USO sports de glace. Myrtille Gollin, l’entraîneure nationale, m’a alors pris sous son aile, en ne me faisant faire que des bases pendant un an. C’était compliqué : j’avais l’impression de ne plus savoir patiner. Et c’était “relou”. Mais j’en avais besoin. Je manquais de technique. Deux ans après, j’obtenais ma première sélection… » Et six ans après, en 2025, il était l’un des quatre Mousquetaires qui, à la pointe de leurs lames, décrochaient aux championnats d’Europe la médaille d’or en relais mixte ; la deuxième de l’histoire du short-track français.

Quoique réfléchi et très mature pour ses 21 ans (il en aura 22 le 16 février), « très gentil et très attentionné aussi », glisse Michaël Dubois, Étienne Bastier aime « le pic d’adrénaline » que procure le short-track, avec ses « courses à confrontations où il faut jouer des coudes pour essayer de se frayer un chemin », avec « la vitesse », avec « l’inclinaison dans les virages ».

« Ça fait quinze ans que je tourne en rond avec le même plaisir »

S’en doutait-il quand « en 2010, à Rentrée en fête », le forum où les associations présentent leurs activités, il était « tombé sur des courses de short-track retransmises sur l’écran » d’un stand ? Sûrement pas. « Mes parents voulaient m’orienter vers des sports plus classiques. À l’époque, je testais plein de disciplines… » La curiosité le menait au Baron. « On était une quinzaine. Le sentiment d’avoir la patinoire pour moi tout seul plus la sensation de glisse » l’emportaient. « Ça fait maintenant quinze ans que je tourne en rond, et que j’y prends toujours le même plaisir ! » Nourri de retransmissions olympiques « depuis 2010 » – « les Jeux sont un événement qui ne m’a jamais lâché » –, Étienne Bastier s’était lancé un défi : « Il faut que j’arrive un jour à participer à cet événement-là. » Ce sera chose faite aujourd’hui, avec les séries.

Quand bien même il veut profiter de ses premiers JO pour en retirer « beaucoup d’expérience, ça me serait bénéfique en 2030 », l’étudiant en Staps, exilé à Bormio, en Italie, le temps que les installations de Font-Romeu soient rénovées, n’entend pas « papillonner » à Milan. « J’aimerais passer un tour et me qualifier pour les demi-finales du 1.500 m. Pareil pour le 1.000 m. L’objectif est élevé. Mais une dynamique très positive s’est installée au sein de l’équipe de France. C’est galvanisant. »

Étienne Bastier transmettra sans doute un peu de sa flamme olympique à son retour à Orléans. Parce qu’à l’USO, la relève se prépare. À tel point que, dans quatre ans, Bérénice Comby et lui pourraient ne pas être les seuls représentants du club sélectionnés pour les Jeux.

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Source : www.larep.fr