Alors que les femmes démontrent de remarquables capacités dans les courses d’ultra-endurance, elles restent minoritaires sur les lignes de départ des épreuves les plus longues. Dans un article publié par The Conversation, Mathilde Plard, géographe et sociologue chargée de recherche au CNRS à l’Université d’Angers, analyse ce paradoxe et met en lumière les obstacles qui freinent encore leur participation.
Des performances féminines qui bousculent les idées reçues
L’ultra-trail désigne des courses en pleine nature dont la distance dépasse celle du marathon, soit 42,195 km. Ces épreuves sollicitent fortement l’endurance, la gestion de l’effort et la capacité à poursuivre une activité physique sur de très longues durées.
Les performances de certaines athlètes illustrent les possibilités de progression des femmes dans cette discipline. En 2026, l’Américaine Rachel Entrekin a notamment remporté le Cocodona 250, une course de près de 400 km en Arizona, tandis que la Française Blandine L’Hirondel a marqué l’Ultra-Trail du Mont-Blanc par sa performance.
Ces résultats s’inscrivent dans un constat plus général : à mesure que les distances augmentent, l’écart de performance entre les femmes et les hommes tend à se réduire dans certaines épreuves d’ultra-endurance. Les capacités des femmes dans ces efforts prolongés invitent ainsi à dépasser certaines représentations traditionnelles de la performance sportive.
Une participation féminine encore trop faible
Malgré ces résultats, les femmes demeurent largement minoritaires dans les courses d’ultra-trail, particulièrement sur les distances les plus exigeantes. Le paradoxe est frappant : leurs performances se rapprochent de celles des hommes sur les très longues distances, mais leur présence diminue à mesure que la distance augmente.
Cette sous-représentation ne peut pas s’expliquer uniquement par des différences physiologiques. Elle renvoie également à des facteurs sociaux et matériels qui conditionnent l’accès à la pratique.
Le temps nécessaire à l’entraînement, la répartition des responsabilités familiales et domestiques, le coût des inscriptions et de l’équipement ou encore le sentiment d’insécurité lors des sorties en solitaire peuvent constituer autant de freins. À cela s’ajoute le manque de modèles féminins visibles, susceptibles d’encourager d’autres femmes à se lancer.
Ces obstacles peuvent intervenir bien avant la compétition : ils influencent la possibilité de s’entraîner régulièrement, de se projeter dans une épreuve longue et, finalement, de prendre le départ.
Favoriser une pratique plus accessible et inclusive
La progression de la participation féminine passe donc aussi par des réponses concrètes. Les clubs, les organisateurs et les acteurs du mouvement sportif peuvent contribuer à lever certains freins : proposer des entraînements collectifs, renforcer les conditions de sécurité, rendre les équipements et les événements plus accessibles ou encore valoriser les parcours d’athlètes féminines…
Au-delà de l’ultra-trail, cette réflexion concerne l’ensemble du sport. Elle rappelle que l’égalité d’accès à la pratique ne dépend pas seulement des capacités individuelles, mais aussi des conditions dans lesquelles chacun et chacune peut s’engager, progresser et trouver sa place.
Pour les associations sportives, l’enjeu est de permettre à toutes et tous de pratiquer selon leurs envies et leurs possibilités, sans que les stéréotypes ou les contraintes sociales ne constituent des barrières supplémentaires.
Pour aller plus loin
Retrouvez l’analyse complète de Mathilde Plard dans The Conversation :
Le paradoxe de l’ultra-trail : pourquoi les femmes excellent mais sont sous-représentées ?
Le CDOS du Loiret encourage le développement d’une pratique sportive accessible à tous les publics et la valorisation de la place des femmes dans le sport.
