À l’occasion des Jeux Olympiques de Milan-Cortina, rencontre avec Julia, « safeguarding officer » de l’équipe de France. Ce rôle clé vise à assurer la protection des athlètes et de l’ensemble de la délégation face aux violences sexistes, sexuelles, physiques ou morales, ainsi qu’aux actes de cyberharcèlement. Présente avant, pendant et après les compétitions, la safeguarding officer agit en toute confidentialité pour accompagner, orienter et soutenir les personnes qui en expriment le besoin.

Qu’est-ce qu’un « safeguarding officer », et comment le devient-on ?

Le ou la « safeguarding officer » est une personne qui est en charge de la protection de la délégation : elle est présente pour assurer un suivi et un accompagnement en cas de signalement d’incivilités, violences sexistes, sexuelles, physiques ou morales, sans oublier les actes malveillants en ligne. Dans mon cas, je suis juriste au CNOSF depuis six ans, spécialisée dans l’intégrité, et j’ai suivi une formation du CIO pour devenir « safeguarding officer ». J’ai obtenu le diplôme l’an passé.

A qui s’adresse ce dispositif ?

Il s’adresse à toute la délégation, aussi bien les athlètes que les accompagnements. Il peut même être élargi à la famille et aux proches des athlètes si nécessaire. C’est donc assez large, tout en sachant que l’on accorde évidemment une attention toute particulière aux athlètes puisqu’ils sont les plus exposés.

Depuis combien de temps existe ce programme ?

Le CIO l’a mis en place il y a quelques années, et nous l’avons instauré auprès de l’équipe de France à l’occasion des Jeux Olympiques de Paris 2024, puis depuis cette date sur tous les évènements placés sous l’égide du CIO, comme par exemple le Festival Olympique de la Jeunesse Européenne qui s’est tenu à l’été 2025. C’est donc encore relativement récent qu’il y ait une personne accréditée spécifiquement « safeguarding officer » en équipe de France. Nous avons déjà des procédures en place mais elles sont en perpétuelle amélioration, au fur et à mesure.

Comment s’organise concrètement votre action ?

Nous sommes présents à la fois avant, pendant et après les compétitions. « Avant », il s’agit de tout ce qui relève du contrôle d’honorabilité de l’encadrement, en collaboration avec le ministère et les fédérations. Nous faisons aussi de la formation et de la sensibilisation. Dans le cadre des Jeux Olympiques de Milan-Cortina, cela s’est fait via le guide de l’athlète et de la délégation, dans lequel un e-learning traitait spécifiquement de la lutte contre les violences. Puis, une fois en Italie, nous avons mis en place des outils type affiches ou flyers, avec dessus nos coordonnées, mail et téléphones. Les Jeux sont aussi pour nous l’occasion de nous faire connaître, car nous n’avons pas forcément pu rencontrer tout le monde en amont. Aussi nous nous sommes présentées à l’ensemble de la délégation, pour communiquer au maximum sur notre présence et sur notre rôle. Nous avons vocation à pouvoir aider en cas de signalement, à agir rapidement en confidentialité et par exemple rediriger les personnes dans les procédures, les accompagner dans les démarches juridiques – quoi faire, comment faire… Tout ça fait partie de notre rôle. Nous travaillons également beaucoup avec des psychologues dans le cadre de cet accompagnement de la délégation.

Combien êtes-vous au total ?

Sur ces Jeux Olympiques, nous sommes trois : je suis basée à Milan, le site qui accueillait le plus grand nombre d’athlètes, tandis que mes deux collègues psychologues et « welfare officers » sont basées l’une à Cortina d’Ampezzo, l’autre à Predazzo, et peuvent naviguer d’un site à l’autre en fonction des besoins. Par ailleurs, une seconde collègue au CNOSF a validé sa formation de « safeguarding officer », mais elle n’officie pas sur ces Jeux.

La mise en place de ce dispositif par les différents comités olympiques nationaux est-elle obligatoire ?

La mise en place d’un programme de « safeguarding » fait partie d’un engagement éthique que prennent les comités nationaux olympiques, et il y a maintenant un bon réseau qui s’est constitué. D’ailleurs, le CIO organise à notre intention des réunions en début de Jeux, puisqu’ils mettent eux aussi en place des choses que nous pouvons dupliquer, ou sur lesquelles nous pouvons communiquer auprès de notre délégation. De la même manière, le CIO a aussi ses propres « safeguarding officers », qui sont nos points de contact et mettent en place des « mind zones », à savoir des lieux où les athlètes peuvent aller soit méditer, soit voir une personne contact… Nous aussi pouvons tenir des entretiens avec les personnes qui ont un besoin dans ces « mind zones », et ce en toute confidentialité, puisque le respect de la confidentialité est évidemment toujours de rigueur dans nos échanges.

Qu’advient-il du programme une fois la compétition terminée ?

L’accompagnement peut tout à fait perdurer au-delà des compétitions. Dès lors que l’athlète en ressent le besoin, notre mail et nos numéros de téléphones restent actifs pour que nous demeurions disponibles à tout moment. Cette continuité est nécessaire parce que les gens peuvent réaliser « après », ou avoir besoin de parler « après »… donc nous laissons la porte ouverte.

Vous évoquiez plus tôt la question du cyber-harcèlement? Comment réussissez-vous à agir sur ce point précis ?

Dès qu’un message violent arrive, l’IA intervient et effectue la modération nécessaire.

Nous nous appuyons sur un monitoring mis en place par le CIO, avec un filtrage effectué via une intelligence artificielle. Dès qu’un message violent arrive, l’IA intervient et effectue la modération nécessaire, le supprimant avant même que l’athlète puisse poser les yeux dessus. Tous les athlètes bénéficient de cette couverture automatique qui, là aussi, a été mise en place à l’occasion des JO de Paris 2024. Nous en avions eu de très bons retours de la part des athlètes. Et si jamais ils ont besoin d’un accompagnement et d’une aide complémentaire, nous sommes là pour les aider et pouvons mettre en place un dispositif plus spécifique, pour la protection des messages privés sur les réseaux sociaux, par exemple, ou alors élargir cette protection à leur entourage s’il est lui aussi atteint par ce cyber-harcèlement.

Source : https://cnosf.franceolympique.com