Si de nombreux adolescents commencent une activité sportive, une part importante l’abandonne au cours de l’adolescence. Dans un article publié par The Conversation, Maxime Travert, professeur des universités en STAPS à Aix-Marseille Université, invite à dépasser la seule question de l’accès au sport pour s’intéresser aux conditions qui favorisent l’engagement dans la durée.
Le problème n’est pas seulement l’accès au sport
Les politiques sportives cherchent depuis longtemps à faciliter l’accès des jeunes aux activités physiques et sportives. Pourtant, beaucoup de ceux qui arrêtent ont déjà été pratiquants.
Une étude menée auprès de 1 149 adolescents distingue 64,5 % de pratiquants réguliers, 28,1 % d’anciens pratiquants et seulement 4,6 % de jeunes n’ayant jamais pratiqué régulièrement.
La question devient alors : comment donner aux jeunes l’envie de poursuivre leur activité ?
Comprendre les raisons du décrochage
Maxime Travert propose de réfléchir à une « politique de rétention sportive ». Il ne s’agit pas de contraindre les jeunes à rester, mais de rendre l’expérience suffisamment positive pour qu’ils souhaitent poursuivre.
Trois dimensions sont particulièrement importantes :
-
-
- Le rapport aux autres : le plaisir d’être ensemble, le sentiment d’appartenance et les relations avec les encadrants jouent un rôle important. À l’inverse, une pression excessive ou la comparaison permanente peuvent éloigner certains pratiquants.
- Le rapport à soi : se sentir capable de progresser et constater ses réussites renforcent l’engagement. Le sentiment de ne pas avoir le niveau peut produire l’effet inverse.
- Le rapport aux contraintes : effort, répétition et compétition peuvent être stimulants lorsqu’ils ont du sens, mais devenir des freins lorsqu’ils sont vécus comme trop contraignants.
-
L’adolescence, une période charnière
Entre 11 et 14 ans, la perte de plaisir, les exercices répétitifs, la compétition, le sentiment de ne pas avoir le niveau ou les relations avec l’entraîneur peuvent contribuer à l’abandon.
À partir de 15 ans, les contraintes liées au lycée et aux études prennent davantage de place. Les emplois du temps peuvent alors entrer en concurrence avec les activités sportives.
Le phénomène est donc lié à une combinaison de facteurs qui évoluent avec l’âge et les parcours individuels.
Quelles pistes pour les structures sportives ?
L’article invite à réfléchir à une offre plus souple et diversifiée :
-
-
- proposer différentes formes de pratique ;
- adapter les horaires aux contraintes scolaires ;
- diversifier les modalités de compétition ;
- faciliter les changements de discipline ou les reprises après une interruption ;
- préserver le plaisir et le sentiment de progression.
-
Une autre piste consiste à associer davantage les adolescents aux réflexions sur les activités proposées, en recueillant leurs attentes et les raisons de leur abandon.
Un enjeu pour les clubs
Le nombre de licences ne suffit pas à mesurer la réussite d’une politique sportive. Il est également utile de s’intéresser aux parcours des jeunes et à leur expérience au sein des structures.
L’idée centrale développée par Maxime Travert est finalement de passer de « faire pratiquer » à « donner envie de continuer à pratiquer ».
Pour les clubs, cela peut conduire à interroger l’accueil, l’encadrement, les relations au sein des groupes, les modalités d’entraînement et la place accordée aux différentes formes de pratique.
Pour aller plus loin
👉 Lire l’article de Maxime Travert dans The Conversation : Politiques sportives : comment lutter vraiment contre le décrochage des jeunes ?
👉 L’étude scientifique Adhésion et abandon de la pratique sportive chez l’adolescent : vers une politique de rétention ? a été publiée dans la revue Santé Publique.